Lezar-tistiques vous propose un article sur le plaisir et la difficulté de la reprise du dessin après une longue pause.
Introduction
Septembre a quelque chose de particulier. Les vacances s’éloignent, les habitudes reprennent et, avec elles, revient parfois l’envie de ressortir une boîte de couleurs, un carnet ou quelques crayons laissés de côté pendant plusieurs semaines.
Mais reprendre le dessin ou la peinture après une pause n’est pas toujours aussi simple qu’on l’imagine.
On ouvre son carnet. On trace quelques lignes. Et très vite arrive cette impression étrange : « Je n’y arrive plus comme avant. »
Le geste semble moins assuré. Les proportions nous échappent. Le dessin que l’on imaginait facilement devient laborieux. Et si l’on regarde d’anciennes réalisations dont on était satisfait, la comparaison peut être décourageante.
Pourtant, quelques semaines ou quelques mois sans dessiner ne font pas disparaître ce que l’on a appris. Il faut simplement retrouver progressivement le lien entre le regard, la main et le plaisir de créer.
Et si, finalement, la meilleure façon de reprendre était justement de ne pas chercher à réussir ?
A-t-on vraiment perdu son niveau en dessin ?
Lorsque l’on reprend une activité artistique après une interruption, le premier réflexe consiste souvent à comparer.
Comparer le dessin que l’on vient de réaliser avec ceux que l’on faisait auparavant. Comparer son geste avec celui d’autres personnes. Comparer surtout le résultat obtenu avec l’image que l’on avait en tête.
Et la conclusion arrive vite : j’ai perdu mon niveau.
En réalité, les connaissances acquises ne disparaissent pas aussi facilement.
Lorsque l’on a appris à observer des proportions, à construire un volume, à repérer des valeurs ou à mélanger des couleurs, cette expérience reste présente. Ce qui manque parfois, c’est simplement l’aisance du geste.
Un peu comme un musicien qui reprend son instrument après plusieurs mois, les premiers essais peuvent manquer de fluidité. Puis les automatismes reviennent.
En dessin, le phénomène est assez similaire.
La main doit retrouver son mouvement, mais surtout l’œil doit reprendre l’habitude de regarder attentivement.
Quelques séances suffisent souvent pour que quelque chose se remette en place.
Ne pas commencer par vouloir faire un beau dessin
C’est probablement l’un des pièges les plus fréquents lorsque l’on reprend : choisir immédiatement un sujet ambitieux et attendre de soi un résultat abouti.
Un portrait complexe. Un grand paysage. Une aquarelle très détaillée.
Pourquoi pas ?
Mais il est parfois beaucoup plus intéressant de recommencer avec presque rien.
Une tasse posée sur une table.
Une plante.
Sa propre main.
Quelques fruits.
Un arbre aperçu depuis une fenêtre.
L’objectif n’est alors plus de produire un dessin que l’on conservera précieusement, mais simplement de retrouver le geste.
Tracer une ligne.
Observer une inclinaison.
Comparer deux proportions.
Poser une ombre.
Chercher une couleur.
Ces petits exercices remettent progressivement en mouvement les mécanismes de l’observation et du dessin.
Et surtout, ils enlèvent une grande partie de la pression liée au résultat.
Reprendre le dessin, c’est d’abord recommencer à regarder
Avant la main, il y a l’œil.
Dessiner nous oblige à regarder autrement ce que nous pensions connaître.
Prenons un objet aussi banal qu’une tasse. Nous savons parfaitement à quoi ressemble une tasse. Pourtant, lorsque nous essayons de la dessiner, une multitude de questions apparaissent.
Quelle est réellement sa largeur par rapport à sa hauteur ?
L’ellipse supérieure est-elle très ouverte ou presque plate ?
Où commence l’anse ?
De quel côté arrive la lumière ?
L’ombre portée est-elle grise, bleutée, chaude ?
Tout à coup, un objet ordinaire devient un véritable terrain d’observation.
C’est précisément ce qui rend le dessin si intéressant.
Il ne consiste pas seulement à reproduire ce que nous voyons. Il nous apprend à prendre le temps de regarder ce qui est devant nous.
Après une pause, retrouver cette disponibilité du regard est souvent plus important que retrouver immédiatement une parfaite maîtrise technique.
Quelques minutes peuvent suffire
Il n’est pas nécessaire de disposer de trois heures devant soi pour recommencer à dessiner.
Un petit carnet peut suffire.
Dix ou vingt minutes également.
Dessiner quelques objets sur une table, faire une étude rapide de sa main, observer les ombres d’une plante ou croquer un paysage aperçu au cours d’une promenade permet déjà de renouer avec une pratique artistique.
Le carnet de croquis est particulièrement précieux dans ces moments-là.
Parce qu’il n’a pas nécessairement vocation à accueillir des œuvres terminées, il autorise davantage l’essai.
On peut y chercher.
Se tromper.
Recommencer.
Annoter.
Superposer quelques traits.
Changer d’idée en cours de route.
Le dessin retrouve alors quelque chose de très simple : il devient une expérience plutôt qu’un résultat à obtenir.
Changer de technique pour retrouver de la spontanéité
Il existe une autre façon intéressante de reprendre : ne pas utiliser immédiatement sa technique habituelle.
Vous dessinez généralement au crayon graphite ?
Essayez quelques études au fusain.
Vous travaillez beaucoup à l’acrylique ?
Sortez une petite boîte d’aquarelle.
Vous aimez les dessins précis ?
Essayez un pastel ou un pinceau qui vous obligera à simplifier.
Changer de technique modifie notre façon de regarder et de travailler.
Le fusain encourage les grandes masses et les contrastes.
L’aquarelle oblige à composer avec l’eau, la transparence et une part d’imprévu.
Le pastel permet de travailler directement avec la couleur.
La gouache invite à construire autrement les aplats et les superpositions.
Aucune de ces techniques n’est meilleure qu’une autre. Mais chacune impose ses propres contraintes.
Et ces contraintes peuvent être libératrices.
Lorsque nous ne maîtrisons pas totalement un outil, nous sommes parfois moins tentés de reproduire ce que nous savons déjà faire.
Nous expérimentons davantage.
Un dessin peut être utile sans être réussi
Voilà peut-être l’une des idées les plus importantes à conserver lorsque l’on reprend une pratique artistique :
un dessin peut être utile sans être réussi.
Tous les dessins n’ont pas vocation à être encadrés.
Certains servent à comprendre une forme.
D’autres permettent de tester une composition.
Un croquis peut simplement servir à observer le mouvement d’un personnage.
Une petite aquarelle peut être l’occasion d’essayer deux couleurs.
Une étude au fusain peut uniquement permettre de comprendre comment la lumière modèle un volume.
Les artistes ont toujours produit des études, des esquisses, des recherches et des essais.
Ces travaux préparatoires montrent quelque chose d’essentiel : la pratique artistique est faite de chemins, de tentatives et de transformations.
Nous avons parfois tendance à ne regarder, dans les musées ou les livres, que les œuvres achevées. Pourtant, derrière elles existent souvent de nombreux dessins, études et recherches.
Dessiner, c’est aussi chercher.
Et une recherche n’a pas besoin d’être parfaite pour être intéressante.
Accepter les dessins de reprise
Il faudrait peut-être inventer une catégorie particulière : les dessins de reprise.
Ces premiers dessins que l’on réalise après les vacances, après une période très chargée ou simplement après quelques semaines pendant lesquelles l’envie de dessiner était moins présente.
Ils peuvent être maladroits.
Un peu hésitants.
Parfois décevants.
Mais leur fonction n’est pas forcément d’être beaux.
Ils servent à remettre la machine en route.
Plutôt que de les juger immédiatement, on peut essayer de les regarder autrement.
Qu’est-ce qui fonctionne ?
Qu’est-ce que j’ai retrouvé facilement ?
Qu’est-ce qui me demande encore un peu de travail ?
Quelle partie du dessin m’a donné envie de continuer ?
La question devient alors moins : « Est-ce que mon dessin est réussi ? » que : « Qu’est-ce que ce dessin m’a appris ? »
Et ce simple changement de point de vue peut transformer complètement la manière dont nous vivons notre pratique.
Retrouver aussi le plaisir de dessiner avec les autres
La pratique artistique est souvent solitaire.
On dessine face à sa feuille, on peint devant son chevalet et l’on passe parfois beaucoup de temps seul avec son travail.
Mais apprendre et pratiquer avec d’autres personnes apporte quelque chose de différent.
Voir comment quelqu’un interprète le même sujet.
Découvrir une technique que l’on n’aurait pas spontanément choisie.
Échanger autour d’une difficulté.
Observer plusieurs solutions possibles.
Un atelier permet aussi de retrouver un rythme régulier.
Il crée un rendez-vous avec sa propre pratique artistique.
Non pas pour produire absolument une œuvre chaque semaine, mais pour continuer à expérimenter, apprendre et avancer.
C’est aussi ce que j’aime dans les ateliers multiniveaux : un même sujet peut donner naissance à des interprétations très différentes. Il n’existe pas nécessairement une seule manière de faire.
Septembre : simplement recommencer
La rentrée nous pousse souvent à prendre de bonnes résolutions.
Cette année, je vais dessiner toutes les semaines.
Je vais enfin apprendre l’aquarelle.
Je vais remplir un carnet entier.
Pourquoi pas.
Mais on peut aussi commencer beaucoup plus simplement.
Prendre une feuille.
Choisir un crayon.
Poser devant soi un objet ordinaire.
Et dessiner pendant vingt minutes.
Sans chercher à produire une œuvre.
Sans se demander si l’on a progressé.
Sans comparer avec ce que l’on faisait six mois auparavant.
Simplement regarder, tracer, effacer peut-être, recommencer.
Car reprendre le dessin après une pause n’est pas revenir exactement au point où l’on s’était arrêté.
C’est parfois repartir autrement.
Avec un regard neuf, une autre envie ou simplement le plaisir de retrouver ce geste que l’on avait momentanément laissé de côté.
Et à l’atelier aussi, septembre est le moment des retrouvailles avec les crayons, les pinceaux, les couleurs… et surtout avec le plaisir de créer.
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Sources
John Ruskin, The Elements of Drawing (1857) – sur l’apprentissage du dessin par l’observation attentive.
Betty Edwards, Drawing on the Right Side of the Brain – ouvrage consacré à l’apprentissage du regard et à la perception dans la pratique du dessin.
Carnets, dessins préparatoires et études conservés dans les collections des grands musées – ils permettent d’observer la place de l’esquisse, de l’expérimentation et de la recherche dans le travail des artistes.
Mini-FAQ
Comment reprendre le dessin après plusieurs mois
d’arrêt ?
Commencer par des sujets simples et des séances courtes. Un objet quotidien, une main, quelques feuilles ou un paysage peuvent suffire. L’objectif des premières séances est davantage de retrouver l’observation et le geste que de réaliser un dessin abouti.
Combien de temps faut-il dessiner pour progresser ?
La régularité est souvent plus intéressante que la durée d’une séance isolée. Quelques moments de dessin relativement courts mais répétés permettent d’entretenir le regard et le geste.
Que dessiner lorsqu’on manque d’inspiration ?
Regarder autour de soi. Une tasse, des chaussures, une plante, une fenêtre, sa propre main ou quelques fruits constituent déjà d’excellents sujets d’observation. Les sujets les plus simples sont souvent très riches lorsqu’on prend réellement le temps de les regarder.
Faut-il toujours terminer ses dessins ?
Non. Une esquisse, une étude de valeurs, une recherche de couleurs ou un croquis rapide peuvent avoir leur propre intérêt. Tous les dessins ne sont pas destinés à devenir des œuvres terminées.
